
L’Afrique du Sud traverse depuis plusieurs années des épisodes de violences dites "xénophobes" : des attaques, pillages de commerces, expulsions ou menaces visant des ressortissants d’autres pays africains. Pour beaucoup d’observateurs, la situation pose une question douloureuse : *comment un pays qui a été soutenu par toute l’Afrique pendant l’apartheid peut-il aujourd’hui rejeter une partie de ses frères du contine

La dette historique : L’Afrique aux côtés de l’Afrique du Sud

Pendant l’apartheid [1948-1994], régime de ségrégation raciale, l’Afrique du Sud était isolée sur la scène internationale.
Plusieurs pays africains ont joué un rôle décisif :
Accueil des exilés :
Le Nigeria, la Tanzanie, la Zambie, l’Angola et d’autres ont accueilli des militants de l’ANC et du PAC, offert des bourses et des bases arrière.
Soutien diplomatique et financier :

Le Nigeria a par exemple décrété en 1986 un "apartheid levy", une taxe dont les fonds servaient à soutenir la lutte anti-apartheid.
Isolement politique:
L’OUA [Organisation de l’Unité Africaine] a fait de la fin de l’apartheid une priorité continentale.
Pour beaucoup d’Africains, c’est une mémoire forte : "Nous avons ouvert nos portes quand vous en aviez besoin."
La réalité d’aujourd’hui : Pourquoi des tensions éclatent

Les attaques ne représentent pas la position de tous les Sud-Africains, ni du gouvernement officiel qui condamne régulièrement la xénophobie. Mais elles existent. Les facteurs souvent cités par les chercheurs sont :

Le chômage et la pauvreté : Avec un taux de chômage élevé, une partie de la population perçoit les étrangers comme des concurrents pour l’emploi, le logement ou le petit commerce.
La pression urbaine : Dans les townships et quartiers populaires, la rareté des ressources crée des tensions.

Des discours politiques et médiatiques : Certains leaders locaux ou influenceurs utilisent le thème des "étrangers qui prennent notre travail" pour mobiliser.
L’absence d’intégration : Après 1994, les flux migratoires se sont accélérés, parfois sans cadre d’accueil et d’information suffisant.

Alors, est-ce "normal" ?
Sur le plan moral et historique , beaucoup d’Africains répondent non. L’idée de "solidarité africaine" portée pendant l’apartheid semble trahie quand un commerçant malien, nigérian, zimbabwéen ou ivoirien est chassé.

Sur le plan *social*, les tensions sont le symptôme de problèmes plus larges : inégalités, chômage des jeunes, manque de services publics. La xénophobie devient alors un exutoire.
Le gouvernement sud-africain, l’Union Africaine et plusieurs organisations de la société civile appellent à *renforcer l’éducation, l’application de la loi et la coopération économique régionale* via la ZLECAf, pour que la concurrence ne soit plus vue comme une menace mais comme une opportunité.

En conclusion
Non, la violence envers d’autres Africains n’est pas une fatalité ni une réponse "normale" à la crise économique. Elle contraste avec l’histoire de solidarité continentale. Le défi pour l’Afrique du Sud, comme pour tout le continent, est de transformer cette mémoire commune en projet commun : moins de méfiance, plus d’opportunités partagées.
Et vous, qu’en pensez-vous ? La solution passe-t-elle par plus de lois, plus d’éducation, ou plus d’intégration économique ?
