
La Fédération ivoirienne de Taekwondo est en proie depuis quelques mois à des secousses. Pour en savoir un peu plus sur cette agitation qui touche l’une des disciplines sportives ivoiriennes, les plus performantes, nous avons rencontré Me Odilon N’Guessan, pour faire toute la lumière sur la question.
1/ Que se passe-t-il encore dans votre si belle fédération ?
Il ne se passe rien de bien grave. Ce sont juste des personnes qui luttent pour leurs intérêts personnels.
Pour comprendre ce que je dis, il faut faire un petit retour en arrière.
Lors de la première élection, le président Jean-Marc Yacé a été proposé par le comité directeur et soutenu par le président sortant. Bizarrement, depuis que le président Yacé a refusé de nommer une certaine personne au sein de son comité directeur et qu’il a refusé de se laisser manipuler, ceux qui l’avaient proposé se sont retournés contre lui lors de la nouvelle élection, quelques mois plus tard.
L’ange Yacé est soudainement devenu peu fréquentable. Oui, il faut le croire. (Rires)
2/ Que pensez-vous des différentes crises qui ont marqué le mandat du président Yacé ?
Pour moi, ce sont des situations politico-sportives. Regardons et analysons ces faits ensemble :
D'un, le président Yacé organise un magnifique Championnat d’Afrique. Bizarrement, juste après, on colle une affaire de harcèlement sexuel à un membre de son équipe.
De deux, le président doit aller aux élections municipales. On nous sort dans la même période que Cissé et Ruth ne sont pas inscrits pour une compétition en Angleterre.
De trois, dès qu’il faut renouveler les instances du CSTICAO, apparaît l’affaire des « cheminots ». Certains ont le chic pour ternir les bonnes actions du président Jean-Marc Yacé.
De quatre et enfin, les élections arrivent, et il faut aller à la WT pour tordre le cou à la loi.
3/ Que pensez-vous du problème avec les commissaires aux comptes ?
Voilà des personnes qui ne savent même pas où se trouve notre véhicule, ni où se trouve le matériel de musculation de l’équipe nationale pourtant offert à la fédération.
Ils ne savent même pas pourquoi la caissière a été renvoyée, mais ils se présentent partout comme commissaires aux comptes et jouent les trouble-fêtes.
Ce que beaucoup ignorent, c’est que depuis deux mandats, la fédération a toujours eu le même trésorier et les mêmes commissaires aux comptes. Donc, depuis au moins huit ans, nous avons les mêmes mécanismes de gestion financière.
Alors, que les commissaires aux comptes arrêtent de nous distraire. S’ils estiment réellement qu’il y a eu détournement de fonds, qu’ils saisissent les autorités compétentes. La Côte d’Ivoire est un État de droit, non ?
4/ On parle aussi d’un bras de fer entre Cissé et la fédération.
Cette situation met tout le monde mal à l’aise et peut donner l’impression d’un manque de discipline. Mais personnellement, je ne crois pas à ce prétendu bras de fer.
Soyons sérieux : comment peut-il y avoir un bras de fer entre Cissé, qui est un athlète, et sa fédération ? Les gens exagèrent les faits. Ou alors, Cissé n’est plus un athlète de la Fédération ivoirienne de taekwondo ? Qu’on nous le dise clairement.
5/ Mais il paraît que Cissé a écrit à la World Taekwondo pour décrier la gestion de la fédération.
Hélas, c’est ce que j’ai appris aussi. C’est un grand garçon, il sait ce qu’il fait. La seule chose que je peux dire, c’est que lorsque vous êtes nommé ministre et qu’un problème concerne votre village, la sagesse veut d’abord que vous vous rapprochiez du chef du village avant de prendre publiquement position.
Car vous êtes certes ministre, mais vous restez avant tout fils du village. Et à ce titre, vous ne serez jamais au-dessus du chef de votre village.
Ce qui est drôle dans cette affaire, c’est que les mêmes personnes qui ont organisé une assemblée générale extraordinaire baptisée « cheminots », en bafouant toutes les règles d’une assemblée générale, sont aujourd’hui celles qui se plaignent. Vraiment, quelle mauvaise foi !
Leur comportement s’explique aussi par le fait qu’ils ont des soutiens au ministère. Voilà pourquoi ils continuent de s'acharner sur la Fédération ivoirienne de taekwondo. Sinon, entre nous taekwondoïstes, nous ne faisons rien avec eux.
6/ Que pensez-vous de ceux qui contestent l’assemblée générale de décembre 2025 ?
Vous savez, le fond du problème dans cette contestation, c’est que la limite d’âge pour être président n’a pas été réduite. C’est tout. Si cela avait été fait, vous n’auriez rien entendu.
7/ Quel est votre avis sur les prochaines élections à la Fédération ivoirienne de taekwondo ?
Pour l’instant, en attendant le candidat du comité directeur,nous sommes à la recherche d'un un bon profil.
8/ Que pensez-vous du président Jean-Marc Yacé ?
Le président Yacé a réalisé beaucoup de bonnes choses pour les maîtres de salle : la réduction des frais d’affiliation, la suppression des pénalités abusives, et bien d’autres réformes.
Concernant les athlètes, il a mis en place une équipe cadette et junior en activité permanente, avec des championnats nationaux organisés chaque année. Grâce à lui, la relève est assurée. C’était du jamais vu dans le taekwondo ivoirien.
Le président Yacé a également rénové tout le matériel de compétition. J’étais chargé de la logistique, donc je sais ce que nous avions trouvé sur place : des plastrons usés, des télévisions qui fonctionnaient comme des jeux de lumière, des câbles VGA alors que nous sommes à l’ère du HDMI. Il a redonné le goût de la compétition et la joie de vivre aux maîtres de salle à travers le retour des compétitions régulières. Et c’est justement cela qui dérange certaines personnes.
9/ Quelle solution proposez-vous pour retrouver le calme et la sérénité ?
Le taekwondo ivoirien a besoin d’états généraux.
Il faut mettre tous les moyens en œuvre pour réconcilier les différentes personnalités du taekwondo ivoirien.
Ensuite, il faut aller aux élections avec les anciens textes. Le nouveau président procédera à la révision des textes en 2027. D’ici là, il faut que
les taekwondoïstes reviennent aux valeurs du taekwondo : la paix, la sagesse, la discipline et la culture de la fraternité.
Interview réalisée par Yves Seri
